CORMEILLES-EN-PARISIS, Val-d'Oise (Reuters) - Le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle Nicolas Sarkozy a plaidé mardi soir pour un Etat protecteur mais rénové et s'en est pris à une politique européenne qui laisse, selon lui, les pays de l'Union ouvert à tous les vents de la mondialisation. Il tenait meeting dans un gymnase de Cormeilles-en-Parisis, banlieue pavillonnaire voisine d'Argenteuil la populaire où il reçut un accueil houleux en 2005 et hésite encore à retourner.
"Je le dis, moi le libéral : un ministre des Finances ça ne sert pas exclusivement à rester les bras croisés, assis sur son fauteuil, pour voir les trains passer devant lui", a déclaré le ministre de l'Intérieur devant 1.500 personnes.
"Ce que je propose aux Français, c'est une certaine idée de l'Etat", a expliqué plus tard Nicolas Sarkozy. "Je n'accepte pas l'idée que l'Etat ne peut plus rien faire. Je n'accepte pas l'idée d'un Etat qui devrait s'excuser de vouloir agir. Je vous propose de refonder l'Etat, je vous propose de lui rendre son autorité, sa volonté, sa dignité."
Au moment où la crise d'Airbus pose de nouveau la question du rôle de l'Etat, le thème autour duquel il choisit de décliner ses propositions lors de ses meetings, selon un exercice désormais bien rodé, était mardi soir tout trouvé.
"L'Europe est la seule région du monde où les lois de la concurrence livrent les entreprises aux prédateurs du monde entier parce qu'elle les empêche de fusionner et parce qu'elles interdisent aux Etats de les aider", a-t-il lancé. "Même aux Etats-Unis, l'Etat a plus de marge de manoeuvre pour intervenir dans l'économie que n'en n'ont les Etats en Europe. Je n'accepte pas cette réalité. Je la dénonce et je la changerai."
Il a fait valoir sa propre expérience de ministre de l'Economie, lorsqu'il est venu au secours du groupe Alstom.
"J'ai dû aller me battre à quatre reprises devant la Commission (européenne) pour les convaincre (...) qu'Alstom c'était pas fini. C'est quand même un comble : la Commission aurait dû m'aider au lieu de me combattre", a-t-il déclaré. "Nous n'avons pas fait l'Europe pour empêcher une politique industrielle mais au contraire pour la favoriser."
Il a également dénoncé une politique qui conduit à la "surévaluation de l'euro" et plaidé pour son abandon.
"UN ENGAGEMENT DE RESULTAT"
"Je veux que la monnaie soit mise au service de la croissance et de l'emploi", a-t-il déclaré. "On n'a pas fait l'euro pour aller construire des avions aux Etats-Unis mais pour garder une industrie aéronautique française et européenne."
"Je proposerai à nos partenaires européens, si je suis élu, que la politique de surévaluation de l'euro, qui accélère la désindustrialisation de l'Europe, soit abandonnée."
Quoi que fasse l'Europe, l'Etat a un "devoir de protection", même s'il "ne peut pas protéger aujourd'hui" comme il le faisait dans les années 1950-60-70, a déclaré Nicolas Sarkozy.
Certes, a-t-il dit, l'Etat est devenu aujourd'hui un "facteur de blocage", "étouffé par sa bureaucratie et sa dette". Mais on ne résoudra pas la crise de l'Etat "en abaissant l'Etat" et en "organisant l'Etat minimum", a-t-il poursuivi.
"Je ne crois pas à la doctrine de l'Etat minimum. Je ne crois pas à la doctrine du laissez-faire. Je ne crois pas qu'en France l'Etat puisse être réduit à un rôle secondaire. Je ne crois pas que la nation puisse conserver son unité avec un Etat faible. Je ne crois pas que la République puisse continuer d'exister sans un Etat fort. Je ne crois pas que le capitalisme puisse survivre si le marché est tout et l'Etat rien."
Il a promis de "combattre l'impuissance publique" et de restaurer l'autorité de l'Etat : "Ils nous faut reconstruire un Etat qui protège pour conjurer l'angoisse qui paralyse tant de Français. On n'est pas incité à l'audace, on n'est pas incité à prendre des risques quand on vit avec la peur au ventre."
Il a récusé "étatisme" et "dirigisme" mais pour mieux se lancer dans une véritable ode à l'Etat engagé dans une "lutte éternelle" contre les "féodalités" et les "privilèges".
"L'Etat c'est ce qui est stable au milieu de ce qui ne l'est pas (...) C'est ce qui mobilise, ce qui entraîne, ce qui entreprend (...) c'est la masse critique (...), la seule force opposable aux marchés (et) à toutes les fatalités."
Et de conclure par un portrait en creux du président qu'il promet d'être : "Il y a deux catégories de responsables politiques, ceux qui se sentent une obligation de résultat et ceux qui s'estiment quittes, quel que soit le résultat, dès lors qu'ils ont essayé. Ce que je propose aux Français c'est un engagement de résultat."
(Source : Yahoo ! Actualités)
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